Un soignant en situation de stress ou de frustration peut-il vraiment être présent pour ses patients ?
Le personnel des hôpitaux peut constater son activité professionnelle profondément modifiée par des directives managériales changeantes.
Les hôpitaux font face à une pénurie de personnel, une augmentation de la charge de travail et des contraintes budgétaires, ce qui rend la gestion des plannings complexe (OCDE, 2021). 1 soignant sur 5 quitte la profession dans les 5 ans (DREES, 2023). l’Absentéisme est majoritairement lié au stress et aux conditions de travail (INRS, 2022). Une mauvaise gestion des ressources humaines impacte directement la sécurité des patients (Aiken et al., 2012).
La logique de « remplissage » des plannings plutôt qu’une gestion stratégique des compétences est pratiquée dans certains hôpitaux. Cela peut s’expliquer peut-être par un manque de vision à long terme , une sous-estimation de l’impact humain (stress, démotivation).
Dans cette logique de remplissage, les habitudes des années précédentes permettant une qualité des soins optimale, ne semblent pas être prise en compte pour influencer les modifications de planning.
Lorsqu’il manque de soignant dans un service, il semble préférable de faire venir des soignants d’un autre service plutôt que d’embaucher un intérimaire. Dans l’absolu, cela semble logique mais quel en est l’impact sur la qualité du travail fourni par le soignant ?
Les modifications unilatérales d’un planning sans consultation préalable ni anticipation, les suppressions ou report au dernier moment de certains créneaux dédiés à des entretiens ou des ateliers thérapeutiques (pourtant planifiées des semaines à l’avance), impactent l’organisation personnelle des soignants et peuvent perturber la capacité à s’organiser du service et le sens, l’investissement et donc la motivation que l’on a à travailler.
Les conséquences pouvant advenir suite à cela, sont le ressenti d’un sentiment de non-respect des compétences acquises au fil du temps par les soignants, dévalorisées au profit d’une logique de « remplissage » des plannings. Autres conséquences, des difficultés à être pleinement disponible psychiquement pour ses patients (à cause du stress et de la charge mentale accrue).
Un soignant expert n’est pas un simple ‘bras armé’ permettant de remplir des plannings. C’est une ressource rare, dont l’expertise est un atout pour les patients. Lorsque ledit soignant se sent traité comme un rouage interchangeable, le risque est qu’il se démotive ou démissionne. Ce qui représenterait une perte de compétence clé, un risque de démotivation de l’équipe et un risque de nuire à la qualité des soins.
La modification unilatérale de planning est légale si la durée du travail respecte les temps de repos et la vie personnelle du soignant et si les obligations de service sont compatibles avec les droits des agents.
Ce qui semble essentiel est la qualité de la communication et la transparence : pour davantage de cohésion, il parait important d’expliquer les changements à l’équipe, d’établir une consultation collective (réunion, enquête) permettant d’éviter les conflits ?
L’équilibre vie professionnelle/vie personnelle devient un impératif pour les soignants. 60% des soignants déclarent avoir des difficultés à concilier les 2 (Eurofound, 2019). Les aidants familiaux sont 2 fois plus exposés au burn-out (Carers UK, 2020).
Les entreprises avec un bon équilibre vie pro/vie perso ont un taux de rétention 30% plus élevé (Gallup, 2021).
D’une façon générale, la charge mentale accrue entraine des risques d’erreurs médicales et la frustration diminue l’engagement.
En conclusion, le respect des compétences et de l’expérience est un levier de motivation permettant une meilleur qualité des soins et un sentiment de sécurité chez les patients.
